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Le noir complet : Péligre sacrifiée, Port-au-Prince sous la lumière coûteuse des centrales thermiques

Crédit photo: un quartier de Port-au-Prince dans le noir

Le noir complet : Péligre sacrifiée, Port-au-Prince sous la lumière coûteuse des centrales thermiques

un quartier de Port-au-Prince dans le noir

Ce qui avait débuté comme un espoir de retour à la normale pour les habitants de Mirebalais et du Plateau Central s’est transformé en un nouveau chapitre de désillusion. La centrale hydroélectrique de Péligre, véritable poumon énergétique du pays et source d’électricité à faible coût, reste paralysée. Pendant ce temps, l’État haïtien annonce fièrement le retour du courant dans la zone métropolitaine, mais à quel prix ? Non pas grâce à Péligre, mais à l’activation de coûteuses centrales thermiques privées, relançant ainsi les spéculations sur les véritables motivations derrière cette crise prolongée.

 

La Promesse Évanouie de Mirebalais

Il y a plus d’un mois, une réunion discrète à Hinche, sous le couvert des funérailles d’un notable de Mirebalais, avait suscité un vent d’espoir. Le comité de Mirebalais y rencontrait un envoyé spécial pour trouver une solution au problème de Mirebalais, alors prise en otage par le gang “Viv Ansanm”. La situation avait contraint des milliers de Mirebalaisiens à fuir, sous le regard impuissant d’un État miné par ses propres querelles. Le conseiller avait promis d’agir, s’engageant non seulement à sécuriser la centrale, mais aussi à rétablir la paix et la sécurité dans toute la région.

 

Malheureusement, ces promesses se sont avérées vaines. Les efforts de la population de Mirebalais, qui avait financé la réparation d’un engin pour sécuriser la zone, ont été anéantis lorsque celui-ci est tombé en panne en pleine opération et a été incendié. Une autre rencontre a Pignon, jugée peu représentative, n’a abouti à rien de concret. Cette accumulation de déceptions a, selon nos sources, poussé la population à un acte de désespoir : le sabotage du réseau de Péligre, ramenant ainsi la production électrique du pays à la case départ.

 

Un coût exorbitant pour une lumière incomplète

Alors que Péligre, avec un coût de production estimé entre 0,08 et 0,085 dollar US par kWh, représente une solution économique et durable pour le pays, d’autant que nous sommes en pleine saison pluvieuse le lac de Péligre étant donc à son niveau le plus élevé, l’État a choisi une voie bien plus onéreuse. Rétablir le courant dans certains quartiers de Port-au-Prince a partir d’une centrale thermique privée, dont le coût de vente à l’EDH avoisine les 30 centimes US par kWh, selon l’ANARSE. Cette différence de prix est abyssale et pèse lourdement sur les finances publiques, déjà fragiles.

La rédaction de Monopole soulève une question brûlante : cette situation est-elle le fruit du hasard ou le résultat d’une stratégie délibérée ? La sécurité des populations est-elle secondaire face à d’autres intérêts ? Le fait que Carrefour soit également sous le contrôle d’un chef de gang lié à ”viv ansanm ”prétendument proche de la primature, et qui aurait soi-disant accepté de laisser fonctionner la centrale (malgré l’absence de passage vers le Sud), alimente les doutes.

 

Les affaires avant la sécurité ?

Le rétablissement de l’électricité à Port-au-Prince va certes apporter un soulagement immédiat pour une population lasse des coupures. Cependant, la méthode employée, qui privilégie des solutions coûteuses et privées au détriment de l’optimisation de Péligre, interroge sur les priorités du pouvoir en place. Le bras de fer entre la Primature et un membre du CPT concernant la paternité de l’accord ayant permis le rétablissement temporaire du courant dans la capitale avait déjà jeté une ombre sur la transparence des décisions.

 

La crise de Péligre n’est pas seulement un problème énergétique, c’est aussi un révélateur des failles de la gouvernance haïtienne et de la mainmise des gangs sur des infrastructures vitales. Pendant que les millions de dollars s’envolent pour des solutions d’urgence, la population du Plateau Central reste dans l’obscurité et l’insécurité, victime collatérale d’un système qui semble prioriser les intérêts économiques sur le bien-être de ses citoyens. La lumière va revenir à Port-au-Prince, mais pour beaucoup, l’avenir de Péligre et du Plateau Central demeure dans le noir complet.

DSB/Monopole