Rosemila Saint-Vil Petit-Frère est détenue depuis 13 jours sans aucune charge ni présentation devant un juge, dans un contexte de fragilisation judiciaire et politique.
Plusieurs organisations de défense des droits des femmes ont exigé, samedi, la libération immédiate de l’ancienne mairesse de l’Arcahaie, Rosemila Saint-Vil Petit-Frère, lors d’une conférence de presse tenue à Port-au-Prince. Son incarcération prolongée sans motif légal expose les profondes défaillances du système judiciaire haïtien, dans un climat politique tendu à l’approche d’échéances électorales.
Une privation de liberté arbitraire
Les signataires de la déclaration commune affirment que Rosemila Saint-Vil Petit-Frère est détenue de manière « arbitraire et illégale », aucune preuve ni accusation formelle n’ayant été portée contre elle. Elles soulignent le non-respect criant de la procédure judiciaire : après 13 jours de détention à la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ), l’ancienne édile n’a toujours pas été présentée à un juge, pourtant une obligation légale dans un délai maximal de 48 heures.
« Rosemila Petit-Frère est détenue uniquement pour son engagement en faveur des femmes et des plus vulnérables. Son incarcération relève de l’intimidation politique », a déclaré Renette Jean, l’une des porte-paroles.
La détention de Mme Petit-Frère intervient dans un contexte où le système judiciaire haïtien est régulièrement critiqué pour son manque d’indépendance, ses lenteurs et ses détentions abusives. Affaibli par des crises institutionnelles et des pressions externes, il peine à garantir les droits fondamentaux des justiciables, en particulier dans les affaires politiquement sensibles.
Les organisations dénoncent une justice « à deux vitesses » et estiment que cette arrestation vise autant la personne de l’ex-mairesse que son entourage familial et politique, dans une logique d’élimination des opposantes.
Dénonciation du sexisme politique
Les militantes présentes lors de la conférence ont vivement dénoncé ce qu’elles qualifient de « sexisme politique », affirmant que le traitement réservé à Rosemila Petit-Frère décourage la participation des femmes à la vie publique. « C’est notre droit, c’est notre bataille, c’est notre dignité et c’est notre respect de participer à la vie politique du pays », ont-elles clamé.
Retenue le 10 août par les autorités dominicaines à son retour du Canada, Rosemila Saint-Vil Petit-Frère a été remise à la Police Nationale d’Haïti le 13 août, sans qu’aucune charge ne soit jamais formulée. Transférée successivement à la Direction Départementale du Nord de la PNH, puis à la DCPJ à Port-au-Prince, elle y reste détenue illégalement, malgré un état de santé fragile, ayant subi quatre interventions chirurgicales à la tête.
Alors que la pression internationale et civile s’accentue la violation de droits humains en Haïti, son cas symbolise à la fois les lacunes structurelles de la justice haïtienne et les risques encourus par les femmes engagées en politique. Les appels se multiplient pour que les autorités respectent le droit et libèrent l’ex-mairesse sans délai.
La Rédaction / Monopole

















