Le gouvernement haïtien a annoncé une série de mesures destinées à redonner vie au centre-ville de Port-au-Prince, paralysé et quasiment déserté depuis près de trois ans en raison de la violence des gangs. Depuis deux semaines, des opérations d’envergure mobilisant des engins lourds, tracteurs, pelleteuses, camions-bennes, ont été déployées pour remettre en état certaines zones stratégiques de la capitale.
D’après les chiffres officiels, environ 1 000 mètres cubes de déchets et près de 200 carcasses de véhicules abandonnés ont déjà été enlevés. Ces travaux, menés en coordination avec la Police nationale d’Haïti (PNH) et une Task Force spéciale, concernent notamment des rues autrefois très fréquentées par les écoliers, comme la rue Capois. Le gouvernement affirme que ces actions visent à faciliter la circulation et à préparer la réouverture des classes dans un environnement plus sûr.
Depuis 2021, Port-au-Prince vit au rythme des affrontements entre groupes armés, dont le puissant « Viv Ansanm », dirigé par Jimmy Cherizier, alias « Barbecue ». Ces violences ont provoqué l’abandon de nombreuses institutions publiques du centre-ville, incendiées ou vandalisées, et forcé des milliers de familles à fuir.
La capitale concentre aujourd’hui près de 80 % des enlèvements recensés dans le pays, selon l’ONU, tandis que les zones contrôlées par les gangs dépassent la moitié de la superficie urbaine. Dans ce contexte, la reprise des espaces centraux en si peu de temps interroge : simple victoire sécuritaire des forces de l’ordre, ou résultat de tractations discrètes avec certains groupes armés ?
Jimmy Cherizier auvait récemment demandé à ses hommes de céder certains quartiers afin de permettre aux déplacés internes de regagner leur domicile. La PNH a toutefois mis en garde la population contre un éventuel piège, estimant que les gangs pourraient utiliser les habitants comme boucliers humains en cas de nouvelles offensives policières. Dans les quartiers de Delmas 19 et ses environs, les tensions et affrontements entre bandits et forces de l’ordre continuent.
Le gouvernement insiste sur la dimension sociale et économique de son initiative : au-delà de la rentrée scolaire, il s’agit de créer un climat favorable à la reprise des activités commerciales et au retour des riverains. Les autorités appellent la population à coopérer afin que les efforts conjoints portent leurs fruits.
Mais la tâche reste titanesque. Entre insécurité chronique, déplacement massif de populations et effondrement des infrastructures, la reconstruction du centre de Port-au-Prince s’annonce comme l’un des plus grands défis de l’État haïtien.
La rédaction / Monopole





















