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Droits Humains bafoués en Haïti : Une ancienne élue a frôlé la mort au tribunal

Crédit photo: Rosemila Petit-Frère évacuée du Parquet en raison de son état de santé

Droits Humains bafoués en Haïti : Une ancienne élue a frôlé la mort au tribunal

Rosemila Petit-Frère évacuée du Parquet en raison de son état de santé

L’ancienne mairesse de l’Arcahaie, Rosemila Saint-Vil Petit-Frère, a failli perdre la vie le mardi 4 Novembre 2025 au parquet du tribunal de première instance de Port-au-Prince, lors de son audition par le commissaire du gouvernement Me Fritz Patterson Dorval.

 

Accompagnée de son avocat Me Jean Riboul Casimir, Mme Petit-Frère n’a pas pu répondre aux questions du magistrat. Elle s’est évanouie à deux reprises, selon les déclarations confirmées par Me Dorval lui-même.

 

 

Malgré la fragilité de son état de santé, la justice n’a pas accédé aux demandes de ses avocats en habeas corpus pour obtenir sa libération. Plusieurs organisations de femmes avaient pourtant plaidé pour sa remise en liberté, soulignant que l’ancienne mairesse avait passé la majorité de sa détention à l’hôpital. Elle a subi quatre opérations chirurgicales à la tête mais ces faits n’ont pas été pris en compte.

 

L’ancien député de Kenscoff, Alfredo Antoine, a dénoncé « l’attitude passive de la justice haïtienne » face à ce qu’il qualifie de violation flagrante des droits fondamentaux de Mme Petit-Frère :

« Peu importe nos différences politiques, Madame Rosemila Petit-Frère reste avant tout un être humain, une femme, une ancienne élue. Elle a besoin de soins urgents dans un centre hospitalier, sous contrôle des forces de l’ordre. Le respect de la vie et de la dignité humaine fait partie intégrante des droits de l’homme », a-t-il écrit sur sa page Facebook.

 

 

Le Directeur exécutif du Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH), Pierre Espérance, après une visite à l’hôpital, avait également demandé une main levée en faveur de Mme Petit-Frère, compte tenu de son état critique.

 

Mme Marie-Yolène Gilles, de la fondation Je Klere, avait tiré la même sonnette d’alarme après une visite à la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ), soulignant l’urgence d’un transfert vers un centre hospitalier spécialisé. Malheureusement, aucune mesure n’avait été prise à temps.

 

Ce mercredi 5 novembre 2025, le commissaire du gouvernement, Me Fritz Patterson Dorval, a finalement annoncé que Mme Petit-Frère sera autorisée à se rendre à Cuba afin de recevoir des soins médicaux appropriés, après ses deux évanouissements survenus au parquet.

 

Cette affaire suscite l’indignation de nombreuses organisations féminines, qui dénoncent des motifs politiques non avoués derrière cette détention prolongée. Elles rappellent que Rosemila Petit-Frère est détenue depuis le 13 août 2025, et que son état de santé suscite de vives inquiétudes.

 

Dans une déclaration commune, plusieurs associations de défense des droits des femmes ont exigé la libération immédiate de l’ancienne mairesse. Lors d’une conférence de presse, elles ont exprimé leur solidarité et dénoncé une détention « injuste et illégale », arbitraire, car aucune preuve ni charge officielle n’a été présentée contre elle.

 

Selon elles, cette privation de liberté viole les principes élémentaires des droits humains. Les militantes féministes soulignent que les procédures légales n’ont pas été respectées.

 

À son arrivée à la DCPJ, Mme Petit-Frère ne faisait l’objet d’aucun mandat ni dossier judiciaire.
Son cas met en lumière les dysfonctionnements profonds du système judiciaire haïtien, souvent accusé d’être instrumentalisé à des fins politiques.

 

Ces organisations appellent les instances nationales et internationales de défense des droits humains à intervenir face à ces violations répétées.

 

« Rosemila Petit-Frère a été mise en garde à vue pour son engagement politique et social envers les femmes et les plus vulnérables », a affirmé Renette Jean, porte-parole de plusieurs organisations féministes, dénonçant une justice à deux vitesses.

 

Elles rappellent qu’après plus de deux mois de détention à la DCPJ, l’ancienne élue n’avait toujours pas été présentée devant un juge, jusqu’à ce mardi 4 novembre 2025.  Le cas de Mme Petit-Frère s’inscrit dans un contexte judiciaire particulièrement fragile.

 

Le système pénal haïtien est régulièrement critiqué pour ses lenteurs, son manque de transparence et ses détentions prolongées sans jugement. Le pouvoir judiciaire, miné par des crises internes et des pressions politiques, peine à jouer pleinement son rôle de contre-pouvoir, notamment dans les dossiers impliquant d’anciens responsables politiques.

 

Cette affaire intervient à l’approche de périodes électorales cruciales, dans un climat politique tendu. Pour plusieurs militantes, il s’agit d’une manœuvre d’intimidation :

« Cette attaque ne vise pas seulement Mme Petit-Frère, mais aussi sa famille politique, dans le but de détruire sa vie publique », ont-elles affirmé.

 

Selon elles, le traitement infligé à Rosemila Petit-Frère relève d’un sexisme politique visant à dissuader les femmes de s’engager dans la vie publique.

 

« C’est notre droit, c’est notre bataille, c’est notre dignité et notre respect de participer à la vie politique du pays », ont scandé les militantes à la fin de la conférence.

 

L’ancienne mairesse avait été retenue par les autorités dominicaines le dimanche 10 août, alors qu’elle revenait du Canada.

 

Elle avait été retenue pendant trois jours avant d’être remise à la police haïtienne à la frontière de Dajabón, le mercredi 13 août, sans qu’aucune charge ne soit formulée contre elle.

 

Alors que la pression s’intensifie pour que la justice haïtienne respecte ses propres lois, le cas de Rosemila Saint-Vil Petit-Frère est désormais devenu un symbole de la lutte pour les droits des femmes et pour l’indépendance de la justice dans un pays où le respect des droits humains demeure trop souvent un vœu pieux.

 

Rédaction : Monopole

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