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18 Novembre-Boukman Eksperyans : Le miroir musical d’une Haïti en lutte, 222 ans après Vertières

Crédit photo: Les fresques de la Bataille de Vertières

18 Novembre-Boukman Eksperyans : Le miroir musical d’une Haïti en lutte, 222 ans après Vertières

Les fresques de la Bataille de Vertières

Alors que nous commémorons le 222e anniversaire de la bataille de Vertières, qui scella notre indépendance, il est un héritage sonore qu’il est urgent de réécouter : celui de Boukman Eksperyans. Plus qu’un simple groupe racine, Boukman Eksperyans s’est imposé comme la conscience musicale de la nation, dressant, album après album, un portrait sans concession d’une société rongée par la corruption.

 

On se souvient de leur tube planétaire, « Ke m pa sote » en 1990, qui a imposé une meringue carnavalesque de qualité, fièrement enracinée. Mais leur véritable force réside dans ces chansons qui analysent et fait la dissection, avec une lucidité brutale, les maux qui gangrènent le pays.

 

« K+K=2K » : L’équation ronfleur

Dès 2003, avec « K+K=2K », le groupe lançait une formule qui résonnait dans tous les foyers. C’était le cri du peuple lassé de se faire duper par une classe politique véreuse. La chanson commence par une supplique, invitant nos dirigeants à s’inspirer des géants comme Dessalines, Mandela ou Che Guevara. Mais le constat qui suit est accablant : le pays est méthodiquement détruit par ceux-là mêmes qui devraient le bâtir.

 

Boukman Eksperyans dénonce sans ambages ces politiciens capables de réclamer un embargo destructeur pour assouvir leur soif de pouvoir, avant d’aller, le pays une fois exsangue, tendre leur « bol bleu » à la communauté internationale. Le groupe rejette aussi avec virulence les plans d’ajustement structurel du FMI, qualifiant leurs promoteurs de « mercenaires » et de menteurs qui cherchent à « nous entraîner dans une misère encore plus abjecte ».

 

« Pèpè yè » : Le constat de la mafia institutionnalisée

En 2015, après le séisme dévastateur de 2010, alors que des milliards de dollars étaient promis pour la reconstruction, le groupe sort « Pèpè yè ». Le bilan est sans appel : « C’est la mafia qui nous dirige. » La chanson peint un tableau sombre d’une coalition de politiciens, de religieux et d’ONG, tous unis pour « souse manmel », sucer les mamelles de la vache haïtienne. Des milliards de dollars volés en éclat avec des projets bidons.

 

Face à cette catastrophe absurde, les musiciens en appellent aussi bien aux « Lwa Ginen » qu’à Jésus, signe d’un désespoir profond et d’une recherche de salut face à un État « pèpè » et des dirigeants « pèpè », dont le seul projet est l’enrichissement personnel.

 

 Le refrain n’a pas changé

Aujourd’hui, ce 18 novembre 2025, force est de constater que les refrains de Boukman Eksperyans n’ont rien perdu de leur actualité. Le pays continue de s’appauvrir, ses ressources financières et sa jeunesse sont gaspillées entre une police impuissante et des chefs terroristes. C’est un spectacle hideux que le monde observe, impuissant ou indifférent.

 

222 ans après l’exploit de nos héros, qui ont livré bataille au péril de leur vie, cette situation est une honte. Haïti, le peuple à la plus belle histoire du monde, a besoin d’une nouvelle conquête. Comme le lança Dessalines dans la nuit du 18 novembre 1803 : « Que ceux qui veulent redevenir esclaves, sortent de ce camp. »

 

Notre hymne national nous enjoint : « Dans nos rangs, point de traîtres / Du sol, soyons seuls maîtres ! » Si ces mots pouvaient cesser d’être un simple slogan pour devenir notre réalité quotidienne, nous serions, 222 ans après la victoire, le peuple le plus heureux du monde. Dommage. Mais il nous faut travailler davantage comme le rappelle la meringue de 1999 de Boukman Esperyans car les “Giyon dylo Bokyè” sont nombreux. Il faut les faire partir, il est temps dans une démocratie en pourriture.

 

Eddy Trofort
troforteddy@gmail.com

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