Des fonds destinés au patrimoine national détournés
L’organisation de défense des droits humains Fondasyon Je Klere (FJKL) accuse l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National (ISPAN) de détournement de fonds publics estimés à 675 millions de gourdes. Ces ressources devaient servir à des travaux de restauration sur plusieurs sites historiques du pays.
Selon la FJKL, une partie de cet argent aurait été transférée sur les comptes personnels de hauts responsables du Ministère de la Culture, dont l’actuel ministre Patrick Delatour et le directeur de l’ISPAN Jean Patrick Durandis. L’organisation invite l’Unité de Lutte contre la Corruption (ULCC) et l’Unité Centrale de Renseignements Financiers (UCREF) à mener une enquête approfondie.
Une affaire qui fragilise davantage le pouvoir
Ce scandale survient alors qu’Haïti est plongée dans une crise humanitaire et économique aiguë. Selon le Bureau Intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), plus de 6 millions d’Haïtiens sont aujourd’hui menacés par l’insécurité alimentaire. Avec un taux d’inflation avoisinant 30 % et un chômage massif, le pays subit de plein fouet les conséquences d’une instabilité structurelle.
En moins de vingt ans, Haïti a connu trois chocs majeurs : le séisme de 2010, celui d’août 2021, et l’actuelle crise sécuritaire, qui a provoqué le déplacement de plus d’un million de personnes, fait plus de 4 500 morts et entraîné la destruction de milliers de foyers.
Le cas de l’ISPAN illustre un phénomène récurrent. Depuis plusieurs décennies, la corruption gangrène l’administration publique haïtienne et freine toute perspective de développement. Des rapports successifs de l’ULCC, de l’UCREF et d’organismes internationaux comme Transparency International classent régulièrement Haïti parmi les pays les plus corrompus du monde.
Les détournements de fonds publics, l’enrichissement illicite et le clientélisme politique se retrouvent au cœur de la gouvernance. L’affaire PetroCaribe, qui a révélé le détournement de milliards de dollars provenant d’un fonds destiné au développement, reste le symbole le plus frappant de cette dérive.
Pour de nombreux observateurs, l’absence de sanctions réelles, le manque d’indépendance de la justice et l’impunité généralisée favorisent un cycle de corruption qui mine la confiance des citoyens dans les institutions.
Patrick Delatour est désormais le deuxième ministre du gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé à être mis en cause. Avant lui, la ministre Niola Lynn Sarah Devaris Octavius avait été éclaboussée par une enquête de l’ULCC : plus d’un million de gourdes en liquide avaient été découverts dans un coffre-fort à son bureau du MJSAC.
Rédaction / Monopole





















