Le 17 avril prochain marquera le bicentenaire de l’indemnité imposée par la France à la jeune nation haïtienne en 1825. Le Président français doit faire une déclaration officielle concernant la dette de l’indépendance payée par Haïti à la France au XIXᵉ siècle. Cette dette, imposée à la première république noire libre du monde en échange de la reconnaissance de son indépendance, reste une plaie ouverte dans l’histoire des relations franco-haïtiennes.
La Communauté Haïtienne de France se mobilise pour exiger justice, alors que de nombreux observateurs et économistes estiment que ce fardeau financier a largement contribué à la situation économique catastrophique d’Haïti aujourd’hui. Haïti vit une situation d’insécurité jamais vue obligeant plus d’un million de personnes à se déplacer dans la région métropolitaine de Port-au-Prince. La coalition de gangs appelée « Vivre ensemble », occupe plus de 90% de la Capitale. Des eaux puantes, des fatras dans plusieurs coins de rue, une ville déserte : c’est l’image que présente Port-au-Prince à l’arrivée de ce bicentenaire de l’indemnité de l’indépendance.
Lors de sa visite en France en Février dernier, Leslie Voltaire, alors coordonnateur du Conseil Présidentiel de Transition, avait indiqué dans un entretien accordé à France 24 et Radio France Internationale, que le Président français Emmanuel Macron avait lui-même abordé la question en promettant de faire une déclaration officielle à la date marquant le bicentenaire de cette indemnité.
En 1804, après une révolution héroïque menée par des esclaves insurgés, Haïti proclame son indépendance face à la France napoléonienne. Cependant, en 1825, sous la menace d’une flotte militaire française prête à envahir l’île, le président haïtien Jean-Pierre Boyer est contraint de signer l’ordonnance de Charles X, par laquelle Haïti s’engage à verser 150 millions de francs-or (soit l’équivalent de 21 milliards de dollars actuels) en dédommagement aux anciens colons pour la perte de leurs “propriétés”, c’est-à-dire… des esclaves affranchis.
Cette somme exorbitante, réduite plus tard à 90 millions de francs, a étranglé l’économie haïtienne pendant plus d’un siècle (jusqu’en 1947). Pour payer, Haïti a dû s’endetter auprès de banques françaises, hypothéquant son développement et plongeant le pays dans une spirale de pauvreté dont il ne s’est jamais relevé.
Une Dette Illégitime et Immorale
De nombreux historiens et économistes, dont Thomas Piketty, ont dénoncé cette dette comme un “pillage organisé”. En 2003, le président haïtien Jean-Bertrand Aristide avait exigé la restitution de ces fonds, estimant qu’il s’agissait d’une extorsion coloniale. La France n’a jamais accepté cette demande, bien que l’affaire ait resurgi dans le débat public ces dernières années.
La Diaspora Haïtienne se mobilise
À l’approche de la déclaration présidentielle française, la Communauté Haïtienne de France organise des manifestations et des débats pour rappeler ce crime économique. Des associations réclament : La reconnaissance officielle de l’injustice par l’État français, des réparations financières ou des investissements massifs en Haïti pour compenser ce préjudice historique et l’annulation de la dette actuelle d’Haïti, toujours grevée par des prêts internationaux.
Si le gouvernement français a, ces dernières années, évoqué une “responsabilité morale”, aucune compensation concrète n’a été proposée. La déclaration du 17 avril sera donc scrutée avec attention : marquera-t-elle un tournant, ou restera-t-elle un simple geste symbolique ?
Si la question reste pendante, les historiens sont unanimes sur l’ombre de la dette de l’indépendance qui plane toujours sur Haïti, le pays le plus pauvre de l’Amérique. La moitié de la population vit avec moins de 2 dollars US par jour sans oublier la famine qui menace plus de 6 millions de personnes.
Eddy Trofort





















