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Mission Kenyane en Haïti : Un an après, le bilan amer et une désillusion grandissante

Force Kenyane aéroport Toussaint Louverture lors de son arrivée en Haïti en Juin 2024

Mission Kenyane en Haïti : Un an après, le bilan amer et une désillusion grandissante

Force Kenyane aéroport Toussaint Louverture lors de son arrivée en Haïti en Juin 2024

Il y a tout juste un an, l’espoir d’un retour à la normale inondait les camps de déplacés et les quartiers de Port-au-Prince, meurtris par l’insécurité. L’annonce du déploiement d’une force internationale menée par le Kenya, forte de 2000 hommes, était perçue comme un signe de rédemption, la lumière au bout d’un Tunnel de violence.

 

Les scènes de danse et de rires des soldats, si contrastantes avec le désespoir ambiant, témoignaient d’un semblant d’euphorie collective, d’une anticipation d’un avenir meilleur. Pourtant, comme le pressentait Carole, une habitante de la capitale dont les parents ont fui les zones contrôlées par les gangs, « cette danse des soldats kenyans m’avait totalement refroidie, ils dansaient, ils riaient, cela ne présageait rien de bon à mon entendement.

 

Cette joie s’est vite avérée être une farce. »
Aujourd’hui, un an jour pour jour après ce déploiement, le constat est accablant, voire déchirant. La promesse initiale de 2000 hommes s’est réduite à quelques centaines, tandis que des millions de dollars ont été dépensés. Un paradoxe d’autant plus flagrant quand on se souvient, comme Marie-Ange, une autre habitante de Port-au-Prince, que certains de ces soldats kenyans ont dû être « extirpés des griffes des bandits grâce au savoir-faire des policiers haïtiens » qu’ils étaient censés venir renforcer. Cette situation soulève de sérieuses questions sur l’efficacité et la préparation de cette mission.

L’objectif principal de cette mission, à savoir la restauration de la sécurité et la reconquête des territoires perdus face aux gangs, n’a manifestement pas été atteint. Pire encore, des zones où la force est censée être présente demeurent sous le joug implacable des bandes armées. Aucune victoire significative n’est à signaler, et l’impact sur la vie quotidienne des Haïtiens reste quasi nul. La force kenyane, loin de mener la lutte acharnée et décisive espérée, semble davantage « parader que se battre », trahissant ainsi la mission première pour laquelle elle a été déployée. La population, qui avait placé tant d’espoir en elle, ne voit qu’une présence inefficace et coûteuse.

 

Le Silence Assourdissant de l’État Haïtien et le Coût de l’Inaction
Le silence de l’État haïtien face à ce « miasme » est assourdissant et profondément troublant. Alors que des millions de dollars sont engloutis dans cette opération aux résultats quasi nuls, beaucoup se demandent légitimement ce qui aurait pu être accompli si ces fonds avaient été investis avec efficience dans le renforcement des capacités de la police et de l’armée haïtiennes. Un grand nombre de citoyens croient fermement qu’une telle approche aurait pu permettre aux forces de l’ordre locales de résoudre définitivement le mal profond qui ronge le pays jusqu’aux os. L’inaction ou l’incapacité du gouvernement à exiger des comptes sur cette mission défaillante ajoute à la frustration générale.

Un an après l’euphorie initiale, l’amertume et la désillusion ont pris le dessus. Haïti reste embourbée dans une crise sécuritaire sans précédent, avec des gangs qui continuent d’étendre leur emprise, et une liste de territoires perdus qui ne cesse de s’allonger. La présence de cette force internationale, censée apporter le salut, semble n’avoir fait qu’ajouter une couche de frustration à un tableau déjà sombre.

La question se pose désormais : jusqu’où Haïti devra-t-elle sombrer avant qu’une solution réelle et efficace ne soit mise en œuvre pour libérer le pays de l’emprise des gangs et restaurer une paix durable ?

 

DSB/Monopole

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