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L’Épée de Damoclès sur les haïtiens de Floride : Un pays en crise déclaré “sûr” par Washington

Crédit photo: Kristi Noem, Secrétaire d'Etat à la sécurité intérieure des Etats-Unis d'Amérique

L’Épée de Damoclès sur les haïtiens de Floride : Un pays en crise déclaré “sûr” par Washington

Crédit photo: Kristi Noem, Secrétaire d'Etat à la sécurité intérieure des Etats-Unis d'Amérique

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Alors qu’Haïti s’enfonce dans une spirale de violence et de chaos sans précédent, une décision déconcertante de l’administration américaine menace de jeter dans l’incertitude un demi-million de ressortissants haïtiens résidant aux États-Unis. Contre toute logique et en dépit des avertissements de ses propres agences, Washington a jugé le pays suffisamment sûr pour mettre fin au Statut de Protection Temporaire (TPS) accordé aux Haïtiens, mettant ainsi une épée de Damoclès sur près d’un demi-million de vies.

 

La dissonance est frappante, voire glaçante. D’un côté, le Département d’État américain sur son compte X maintient pas plus tard que le 24 juin, un avertissement de voyage de niveau 4, exhortant les citoyens américains à ne pas se rendre en Haïti “en raison d’enlèvements, de crimes, de troubles civils et de soins de santé limités”, les priant même de “quitter Haïti dès que possible”. Le personnel gouvernemental américain est interdit de voyager sur des vols commerciaux à destination ou en provenance de Port-au-Prince en raison des risques. De l’autre, 2 jours plus tard, le Département de la Sécurité intérieure (DHS) annonce avec une désinvolture déconcertante que “la situation environnementale en Haïti s’est suffisamment améliorée pour que les citoyens haïtiens puissent rentrer chez eux en toute sécurité”.

 

Une Réalité Haïtienne Cruelle Ignorée

La réalité sur le terrain contredit violemment cette affirmation. Haïti vit l’une de ses pires périodes d’instabilité récente. Les gangs armés contrôlent désormais jusqu’à 85% de Port-au-Prince et s’étendent aux régions voisines. Ils imposent des péages sur les principales routes, paralysant le transport de biens essentiels comme la nourriture et le carburant. La violence a déplacé environ 1,3 million de personnes, soit 10% de la population, selon l’Organisation internationale pour les migrations. Ces personnes n’ont souvent plus de maison où retourner, leurs demeures incendiées et leurs quartiers ayant été submergés par la criminalité.

 

Les chiffres de l’ONU sont éloquents et terrifiants : 5,7 millions de personnes, près de la moitié de la population, souffrent de faim aiguë. Plus de 1 600 écoles ont fermé depuis le début de l’année, privant des milliers d’enfants d’éducation. L’accès aux services sociaux de base est quasi inexistant.

 

Des Contradictions Troublantes au Cœur du Pouvoir Américain

L’ambassadeur des États-Unis auprès de l’OEA, H.E. Christopher Landau, a lui-même critiqué l’inaction de l’Organisation face à la crise haïtienne, déclarant que “les gangs armés contrôlent les rues et les ports de la capitale, et l’ordre public s’est pratiquement effondré”. Comment, alors, le DHS peut-il parvenir à une conclusion si radicalement différente ?

 

Cette décision, qui prendra officiellement effet le 2 septembre, rompt avec la prolongation du TPS accordée par l’administration Biden jusqu’en février 2026. La secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a révoqué cette décision, ramenant la date limite au 3 août et mettant le sort de milliers d’Haïtiens en jeu dans un délai de 60 jours.

Les critiques ne manquent pas de souligner le caractère potentiellement raciste de cette décision, rappelant les promesses de campagne de l’ancien président Donald Trump de démanteler les protections d’immigration et ses déclarations infondées sur les Haïtiens. Supprimer le TPS pour les Haïtiens, selon Amnesty International, est cette décision, cruelle et dangereuse qui s’inscrit dans la continuité de pratiques racistes et anti-immigrés du Président Trump.

« Les Haïtiens titulaires du TPS ont bâti leur vie ici, travaillant, élevant des familles et contribuant à leur communauté et fuyant les situations dangereuses en Haïti. Le gouvernement américain doit immédiatement revenir sur cette décision inhumaine », écrit Amnesty International.

 

Une Décision au Coût Humain Incalculable

Pour les quelque cinq cent mille ressortissants haïtiens, dont certains vivent aux États-Unis depuis plus d’une décennie et y ont construit leur vie, cette annonce est un coup dévastateur. Beaucoup d’entre eux risquent d’être renvoyés dans un pays où ils n’ont plus de repères, où la violence règne en maître et où les infrastructures de base sont défaillantes. Des expulsions ont déjà eu lieu, tant des États-Unis que de la partie est de l’île.

 

Alors que les gangs se procurent des armes de guerre qui transitent par la République dominicaine en provenance des États-Unis, malgré un embargo mondial et que les efforts internationaux pour rétablir la sécurité et la stabilité politique restent insuffisants, l’idée de “rentrer chez soi en toute sécurité” relève du cynisme le plus pur. La décision de Washington expose une nouvelle fois le fossé abyssal entre la rhétorique politique et la réalité humanitaire. Pour les Haïtiens de Floride et d’ailleurs, l’avenir est plus incertain que jamais, suspendu au fil ténu d’une décision politique aux conséquences dramatiques.

 

DSB/Monopole

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