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 Légaliser les taxis-motos en Haïti : une mesure économique mais surtout sécuritaire

Circulation intense dans la région métropolitaine

 Légaliser les taxis-motos en Haïti : une mesure économique mais surtout sécuritaire

Circulation intense dans la région métropolitaine

L’Office d’assurance véhicules contre tiers (OAVCT) a lancé le programme MOTO PAM LEGAL, une initiative majeure visant à régulariser les milliers de motocyclettes circulant sans immatriculation à travers le pays. Au-delà de l’objectif de récupérer plus de 4 milliards de gourdes de recettes pour l’État, cette démarche s’inscrit au cœur de la lutte pour la sécurité nationale.

 

En Haïti, le taxi-moto est bien plus qu’un simple moyen de transport, c’est une bouée de sauvetage économique. Dans des villes comme le Cap-Haïtien, Les Cayes, Saint-Marc, Gonaïves et la région métropolitaine de Port-au-Prince, cette activité constitue une alternative vitale au chômage endémique qui touche la jeunesse.

 

Le parcours d’Emile, 26 ans, est emblématique de cette réalité. Diplômé en journalisme d’une école de communication de Delmas, il n’a pu trouver d’emploi dans son domaine. Aujourd’hui, il gagne honorablement sa vie comme chauffeur de taxi-moto, avec un revenu net d’environ 50 000 gourdes par mois, lui permettant de subvenir à ses besoins. Son histoire est celle de milliers d’autres jeunes haïtiens qui utilisent ce secteur pour gagner leur vie honnêtement.

 

Cependant, l’ombre de la criminalité plane lourdement sur ce mode de transport. Si la majorité des chauffeurs sont des travailleurs légitimes, le secteur est gravement entaché par l’implication notoire de taxis-motos dans des activités criminelles. Ces engins, appréciés pour leur petite taille et leur agilité, sont devenus les outils de prédilection des gangs pour commettre leurs forfaits.

 

Ils sont utilisés pour des exécutions sommaires, des enlèvements rapides de personnes sur la voie publique, et repérage et la transmission d’informations pour les bandits armés, servant d'”antennes” pour les gangs, des attaques éclairs contre des personnalités et des commerces, comme récemment sur la route de Kenscoff où un homme d’affaires Joseph Harry Bretous, ancien candidat à la présidence a été attaqué par des hommes armés à moto.

 

La Police Nationale d’Haïti (PNH) a maintes fois alerté sur ce phénomène, présentant des rapports accablants détaillant comment ces véhicules non régulés facilitent l’insécurité. D’autant plus, les motos constituent un problème de sécurité publique.  73% des accidents de la voie publique impliquent les motos.

 

Intervenant lors de la 22e édition des « Mardis de la Nation », le directeur général de l’OAVCT, Pierre Jean Raymond André, a souligné l’urgence de la situation : « Près de 70 % des motocyclettes en circulation dans le pays demeurent non immatriculées. Cette opération de légalisation est cruciale.

 

Elle permettra aux autorités de sécurité d’avoir des informations pertinentes sur ces véhicules, de tracer leurs propriétaires et de distinguer les conducteurs légitimes des criminels. »

 

Ainsi, le programme MOTO PAM LEGAL se présente comme une mesure à double tranchant : une bouée économique pour l’État et pour des milliers de jeunes, mais surtout un pas indispensable pour reprendre le contrôle d’un secteur dont l’anonymat facilite la criminalité et affaiblit la sécurité publique. La réussite de cette opération est étroitement liée à la capacité de l’État à rétablir l’ordre et à protéger ses citoyens.

 

La Rédaction /Monopole

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