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La santé mentale en Haïti : une nouvelle préoccupation de santé publique nationale

Crédit photo: Photo d'archives d'un annexe de l'HUEH rue St Honoré à Port-au-Prince

La santé mentale en Haïti : une nouvelle préoccupation de santé publique nationale

Crédit photo: Photo d'archives d'un annexe de l'HUEH rue St Honoré à Port-au-Prince

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La Journée mondiale de la santé mentale a été célébrée le vendredi 10 octobre. Comme chaque année, cette journée vise à sensibiliser les populations et les gouvernements à l’importance de la prise en charge des personnes souffrant de troubles mentaux, un mal silencieux, mais de plus en plus meurtrier à l’échelle mondiale. En 2025, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a choisi de mettre l’accent sur un thème particulièrement préoccupant : la santé mentale dans les zones de conflits.

 

Chaque année, des millions de personnes sont affectées par des situations d’urgence, notamment les guerres et les catastrophes naturelles. Ces crises bouleversent la vie des familles, détruisent les moyens de subsistance et désorganisent les services essentiels, rappelle l’OMS. Les conséquences sur la santé mentale sont considérables : presque toutes les personnes concernées ressentent une détresse psychologique, et une minorité significative développe des troubles graves tels que la dépression ou le stress post-traumatique.

 

En Haïti, la population vit depuis des décennies sous le poids de catastrophes récurrentes avec le tremblement de terre de 2010 qui a causé la mort de plus de 300 000 personnes et entraîné plus de 8 000 amputations et plus d’un million de sans-abris. Les ouragans successifs ont aggravé la précarité de milliers de familles rurales ; depuis quatre à cinq ans, une crise sécuritaire sans précédent ravage la région métropolitaine, où des groupes armés qui imposent une violence extrême. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus d’un million de personnes ont été contraintes de fuir leurs habitations.

 

« La santé mentale en situation d’urgence » : un thème pertinent

L’OMS justifie donc pleinement le choix du thème « La santé mentale en situation d’urgence » pour cette année. En Haïti, les crises s’accumulent, rendant le quotidien des citoyens de plus en plus difficile. Des familles autrefois stables se retrouvent à vivre dans des abris de fortune, souvent dans une promiscuité extrême, avec des conséquences psychologiques graves. Certains parviennent à s’adapter, mais beaucoup sombrent dans la détresse.

 

L’OMS recommande une prise en charge immédiate des personnes affectées. Or, en Haïti, la situation sécuritaire a conduit à la fermeture de plusieurs hôpitaux psychiatriques.
Les patients internés ont souvent été abandonnés à eux-mêmes, voire victimes de violences. Malgré la gravité de la situation, les autorités haïtiennes semblent ignorer ce dossier sensible. Pendant que des millions de gourdes sont dépensées dans des projets politiques incertains, 5.7 millions d’Haïtiens et d’haïtiennes vivent aujourd’hui dans une insécurité alimentaire aiguë.

 

Urgence humanitaire et crise mentale

L’OMS reconnaît que les situations d’urgence aggravent non seulement les troubles mentaux, mais aussi les problèmes sociaux tels que la pauvreté et la discrimination.
Elles entraînent de nouveaux drames comme la séparation des familles, les violences domestiques et la consommation accrue de substances nocives.

 

Les directives internationales recommandent plusieurs approches pour assurer un soutien psychosocial et psychiatrique en période de crise notamment auto-assistance communautaire, premiers secours psychologiques, soins cliniques adaptés.

 

L’OMS insiste également sur la préparation et l’intégration des services de santé mentale dans les politiques de réduction des risques de catastrophe. Les périodes de crise peuvent même devenir des occasions d’investissement durable dans ce domaine. Malgré les investissements considérables consentis au secteur de la santé, la santé mentale reste négligée en Haïti. La fermeture prolongée de grands hôpitaux comme l’HUEH et l’HUM fragilise encore davantage un système déjà à bout de souffle. Face à la multiplication des crises, la santé mentale devrait désormais être reconnue comme une priorité de santé publique nationale.

 

Eddy Trofort

 

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