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Haïti-Forum sur la violence Communautaire : Le secteur privé, un fer de lance important dans la recherche de la paix

Crédit photo: Une vue de l'Assemblée lors du forum sur la violence communautaire

Haïti-Forum sur la violence Communautaire : Le secteur privé, un fer de lance important dans la recherche de la paix

Crédit photo: Une vue de l'Assemblée lors du forum sur la violence communautaire

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Dans un contexte de crise sécuritaire persistante, Un hôtel à Pétion-ville a servi de cadre à un forum historique pour chercher une réponse nationale à la violence communautaire, le jeudi 6 novembre 2025. Ce forum déroulé autour de l’engagement du secteur Privé a réuni plus d’une centaine d’acteurs clés, allant des forces de l’ordre à la société civile, en passant par le secteur informel et les médias, se sont rassemblés à l’initiative de la Chambre du Commerce et de l’Industrie d’Haïti (CCIH).

 

L’objectif était de forger une alliance nationale pour réduire la violence communautaire qui paralyse tous les secteurs d’activités du pays.

 

Loin de se cantonner à un simple échange de discours, ce forum a marqué le début d’une « convergence nationale », comme l’a souligné le Conseiller-Président Frinel Joseph. Il a insisté sur le fait que cette rencontre n’était « pas une simple rencontre institutionnelle mais le début d’une main tendue de tous les secteurs pour reconstruire la Paix ». Un impératif, alors que la violence « ronge le tissu social, détruit l’économie et alimente la souffrance du peuple haïtien », a souligné M. Frinel Joseph.

 

La Ministre à la Condition Féminine, Pedrica Saint Jean, a placé la barre haut en plaidant pour une inclusion essentielle des femmes dans la recherche de solution à ce fléau qui frappe surtout les filles et les femmes de la société haïtienne. « Il n’y aura pas de Paix tant que les femmes ne sont pas impliquées », a-t-elle déclaré, appelant à une réponse spécifique à la violence basée sur le genre dont elles sont les premières victimes. Elle a également pointé le rôle crucial des médias comme leviers de sensibilisation massive.

 

Cette vision multidimensionnelle a été reprise par James Monazard, Ministre du Commerce, qui a présenté le contrôle du commerce des armes comme une pièce maîtresse de la stratégie gouvernementale. Une approche qui vise, selon lui, à apporter « des réponses structurelles aux enjeux de sécurité, de cohésion sociale et de respect des droits humains ».

 

Mais, l’intervention percutante de Mme Aimée Thérèse Diouf du Bureau Intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) a apporté une perspective critique. Elle a lancé un appel solennel au « pardon » et au dialogue, soulignant que « les armes sont dans les mains des gens trop jeunes ». Avec un constat glaçant, elle souligne que 50% des recrutements des gangs sont des enfants.

 

Son analyse a mis en lumière l’inefficacité d’une réponse purement militaire. Comment rivaliser, lorsque les jeunes recrutés par les gangs gagnent entre 700 et 750 dollars US par mois, soit bien plus que les policiers eux-mêmes ? Mme Diouf a préconisé des alternatives concrètes comme la mise en place d’une école militaire, d’un centre de formation professionnelle pour offrir un avenir à ces jeunes. Elle a aussi plaidé pour une traçabilité rigoureuse des armes dans le Pays. « Les armes ne sont pas arrivées aux mains de ces jeunes comme par magie », s’est-elle questionnée.

 

Mme Diouf préconise davantage le dialogue que la lutte armée uniquement contre les gangs. « Il faut désarmer les cœurs avant de désarmer les gangs, sinon le problème ne sera que cosmétique », a indiqué la fonctionnaire des Nations-Unies en Haïti expliquant que la haine ne doit pas être le premier mobile dans la lutte contre la violence communautaire.

 

Face à ce défi, Mme Kerlyne Marseille, Directrice Exécutive de la CCIH, a listé les obstacles rencontrés par les entrepreneurs pour vraiment s’engager dans cette lutte et offrir davantage d’opportunités d’emploi au niveau du secteur privé. Elle a cité notamment l’absence d’incitatifs fiscaux, la méfiance envers les autorités, le déficit de main-d’œuvre qualifiée.

 

Pour y remédier et ancrer son engagement, le secteur privé propose la création d’une structure permanente de dialogue, une unification de sa voix et une intégration formelle dans les instances de décision. La numérisation et l’organisation graduelle du vaste secteur informel, représenté par les « Madan sara », ont également été identifiées comme des leviers puissants pour intégrer l’économie et réduire les vulnérabilités.

 

Ce forum, qui s’est achevé sur un dîner en fin d’après-midi, a posé les premières pierres d’un édifice complexe : la paix en Haïti. Les propositions concrètes : traçage des armes, réforme législative, écoles de formation, dialogue inclusif, sont désormais sur la table.

 

La route sera longue, mais un message fort est passé : la sécurité et la gouvernance sont « deux faces d’une même médaille : la stabilité », comme l’a rappelé Frinel Joseph. Comme l’a annoncé la CCIH, la mobilisation doit continuer avec la tenue d’autres rencontres. Cet espoir, s’il est bien entretenu et le transformer en réalité pourrait faciliter cette convergence inédite et ouvrir enfin une nouvelle page pour Haïti.

 

Eddy TROFORT

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