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La mort de Jovenel Moïse : Un drame politique et une blessure béante de toute une nation

La famille Jovenel Moïse devant son cercueil lors des funérailles du Président en 2021

La mort de Jovenel Moïse : Un drame politique et une blessure béante de toute une nation

La famille Jovenel Moïse devant son cercueil lors des funérailles du Président en 2021

Le 7 juillet 2025 marque le quatrième anniversaire de l’assassinat de Jovenel Moïse, un événement qui a plongé Haïti dans une crise profonde et persistante. Alors que la justice américaine a déjà prononcé des condamnations dans cette affaire, le procès en Haïti s’enlise, suscitant un scepticisme croissant et de nombreuses interrogations quant à son issue. La quête de vérité et de justice pour l’ancien président semble semée d’embûches, laissant la nation dans un profond sentiment de frustration.

 

Le procès haïtien, qui a débuté il y a quelques semaines, est scruté avec méfiance. De nombreux observateurs estiment que la procédure dévie de son objectif initial, les juges semblant succomber aux manœuvres rhétoriques. Cette situation contraste fortement avec la rigueur et l’impartialité qu’exigerait la complexité de l’affaire. L’absence de condamnations concrètes sur le sol haïtien, à l’opposé des décisions rendues par la justice américaine, alimente les théories d’une justice à deux vitesses, voire d’une instrumentalisation du processus judiciaire à des fins politiques.

 

Des déclarations récentes ont semé le trouble, notamment celle du fils de Jovenel Moïse, affirmant que son père avait été “nommé par Washington”. Cette déclaration, perçue par certains partisans de l’ancien président comme un affront, a renforcé l’idée que des forces extérieures auraient pu jouer un rôle prépondérant dans la sphère politique haïtienne, influençant non seulement l’ascension mais aussi la chute de Moïse.

 

L’assassinat de Jovenel Moïse a plongé Haïti dans une crise multidimensionnelle, laissant une stigmatisation profonde sur la nation. Partout dans le monde, les Haïtiens sont confrontés à cette question lancinante : “C’est dans votre pays qu’ils ont tué le président ?” Pour une génération entière, cet événement est sans précédent, renforçant le sentiment d’un État défaillant, incapable de protéger ses propres dirigeants. Cette douloureuse réalité nourrit un traumatisme national qui affecte la perception d’Haïti à l’étranger et l’estime de soi de sa population.

 

Au cœur de ce drame, des figures politiques émergent avec des rôles ambigus. Le cas de l’ancien Premier ministre ad interim est particulièrement éloquent. Perçu par certains comme un héros, il est aussi vu comme un suspect cherchant à se poser en victime. Sa proéminence médiatique et sa direction du Conseil des Ministres post-assassinat lui ont conféré une influence notable.

 

Pourtant, des questions cruciales demeurent : pourquoi n’a-t-il pas rendu des comptes plus clairs ? Et si l’enquête était menée avec toute la rigueur nécessaire, l’absence de Martine Moïse, témoin direct et victime de l’attaque, ne serait-elle pas des plus frappantes ? La perception d’une “starisation” de l’ex-Premier ministre au sein du tribunal suscite la frustration et alimente les soupçons d’une instrumentalisation de la crise au détriment de la vérité. Dans un pays miné par l’impunité, toute tentative d’éviter la reddition de comptes est accueillie avec une profonde méfiance.

 

Pour beaucoup, l’appel à la justice pour Jovenel Moïse ressemble de plus en plus à une manœuvre politique qu’à une quête sincère de vérité et de réparation. Il est difficile de ne pas s’interroger sur la sincérité de certains acteurs qui, alors qu’ils étaient en position d’exercer le pouvoir judiciaire, n’ont pas agi avec la même ferveur. Cette apparente inaction passée contraste fortement avec la soudaine urgence manifestée aujourd’hui.

 

Des questions lancinantes persistent : pourquoi le crime a eu lieu juste après un changement de Premier ministre ? Pourquoi les “grandes décisions” auraient-elles été prises par le Premier ministre sortant et non par le successeur désigné par Jovenel Moïse lui-même ? Pourquoi Jovenel voulait-il un autre Premier ministre ? Ces interrogations alimentent la suspicion que le processus de justice pourrait être influencé par des considérations politiques plutôt que par un véritable désir d’établir les faits et de punir les coupables.

 

En définitive, l’assassinat de Jovenel Moïse est bien plus qu’un drame politique ; c’est une blessure ouverte qui révèle les jeux de pouvoir complexes, le manque de confiance dans les institutions et la quête inlassable d’une justice et d’une vérité que le peuple haïtien attend toujours. Quatre ans plus tard, la justice pour Jovenel Moïse demeure un mirage, et avec elle, l’espoir d’une véritable reddition de comptes pour un peuple qui aspire à la vérité.

 

DSB/Monopole

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