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Une affaire trouble en Haïti : Des armes et des hommes portés disparus, des soupçons de dissimulation

Miot Patrice Jacquet, engagé par Studebaker et porté disparu

Une affaire trouble en Haïti : Des armes et des hommes portés disparus, des soupçons de dissimulation

Miot Patrice Jacquet, engagé par Studebaker et porté disparu

Un nuage sombre s’est abattu sur Haïti, où une mission de sécurité privée, censée ramener l’ordre, a viré au fiasco digne d’un « thriller politique ». L’histoire, révélée par le Miami Herald et le New York Times, est une toile complexe de disparitions mystérieuses, d’armes de guerre volatilisées et de soupçons de dissimulation impliquant de hauts responsables, des mercenaires américains et des citoyens haïtiens.

 

​Au cœur de l’intrigue, se trouve l’entreprise militaire Studebaker, dirigée par l’ancien général et commandant des forces de l’OTAN Wesley K. Clark. Elle est arrivée en Haïti en 2024 avec une mission secrète : former une unité d’élite pour combattre les gangs qui gangrènent le pays. Le contrat, négocié par le Premier ministre de l’époque, Gary Conille, a été conclu dans la plus grande discrétion, à raison de 150 000 dollars par mois.

 

​L’équipe, composée de vétérans des forces spéciales américaines, s’est associée à Patrice Miot Jacquet, un citoyen américain, ancien marine, qui a géré leur logistique et la garde de leurs armes. M. Jacquet a à son tour recruté son cousin, Steeve Duroseau, un policier haïtien, pour servir de liaison avec la police locale. L’histoire prenait alors la tournure d’une collaboration prometteuse.

​Mais le projet a rapidement tourné au cauchemar. Des frictions sont apparues, des tirs ont éclaté près du Palais national et une opération cruciale visant à capturer le redoutable chef de gang Vitelhomme Innocent a échoué, officiellement à cause de l’« hésitation » des policiers haïtiens. Certains pensent que l’opération a été délibérément sabotée pour favoriser une entreprise rivale.

La chute : un limogeage et des disparitions en série

​Peu de temps après cet échec, le Premier ministre Conille a été limogé, accusé d’avoir outrepassé ses pouvoirs. L’entreprise Studebaker a été priée de faire ses valises et de quitter le pays. C’est à ce moment que les choses ont basculé.

​Le 21 novembre, l’équipe de Studebaker a laissé derrière elle neuf fusils d’assaut AR-15 et des munitions, censés être mis sous scellés. Selon l’entreprise, tout a été « officiellement transféré » à la police. Mais les événements qui ont suivi suggèrent une tout autre version.

​Selon la famille de Patrice Jacquet, les armes ont été entreposées dans le coffre blindé de sa voiture, avec l’intention que son cousin, le policier Steeve Duroseau, les remette à la PNH. Trois jours plus tard, des hommes en uniformes de police ont fait irruption chez M. Jacquet, ont ouvert la voiture et ont emporté les armes. Ce même jour, Steeve Duroseau a disparu. Son sort reste inconnu.

​L’histoire ne s’est pas arrêtée là. Le 16 décembre, Patrice Miot Jacquet a été la cible d’une embuscade à Vivy Mitchell. Sa voiture a été criblée de balles, son amie a été blessée, et il a été enlevé. L’un des véhicules des ravisseurs a été identifié comme un tout-terrain Toyota Land Cruiser, un don du département d’État américain à la police haïtienne. Depuis, M. Jacquet a également disparu sans laisser de trace.

Une affaire qui sent la dissimulation

​L’enquête, menée par la police haïtienne, s’est contentée d’arrêter le gardien de la maison de M. Jacquet, l’accusant de complicité. Mais les faits soulèvent des questions troublantes :

-Pourquoi un véhicule offert par les États-Unis a-t-il été utilisé lors d’un enlèvement ?

-Où sont passées les armes de guerre et pourquoi n’ont-elles pas été sécurisées correctement ?

Pourquoi les autorités haïtiennes et américaines semblent-elles faire preuve d’une étrange passivité ?

​Une source haut placée parle de « dissimulation et de purge de témoins », suggérant que les disparitions ne sont pas une coïncidence. Récemment, l’unité de police judiciaire a convoqué deux personnes du Palais National, curieusement impliquées dans un nouveau partenariat avec une autre entreprise de sécurité privée. Des sources indépendantes qualifient ces convocations d’absurdes, affirmant que ces individus n’ont aucun lien avec l’opération Studebaker.

 

Des rumeurs persistent sur quatre convocations non honorées par des membres d’une unité proche de l’exécutif, ce qui renforce les soupçons d’une affaire bien plus profonde et opaque. Les ambitions politiques de Patrice Jacquet avant sa disparition pourraient également être un élément clé de cette intrigue.

 

Cette affaire troublante met en lumière la complexité de la situation sécuritaire et politique en Haïti, où les lignes entre forces de l’ordre, acteurs privés et pouvoirs corrompus semblent s’estomper. Le sort de Patrice Jacquet et Steeve Duroseau reste incertain, et leurs familles attendent toujours des réponses.

 

​Alors que les familles des deux disparus se retrouvent seules et ignorées par le FBI et les autorités haïtiennes, cette affaire continue de s’épaissir, révélant les abysses d’une intrigue où se mêlent corruption, trahison et l’ombre d’une justice qui semble vouloir rester dans le noir.

 

DSB/ Monopole

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