Le Conseil de sécurité des Nations Unies a donné son feu vert ce mardi à une force de sécurité multinationale considérablement renforcée en Haïti. Désignée comme la Force de Répression des Gangs (FRG), cette nouvelle mission succède à la Mission d’Appui à la Sécurité (MSS) dirigée par le Kenya, mais avec un mandat bien plus robuste et des moyens accrus pour contrer la violence qui paralyse le pays.
Approuvée pour une période initiale de 12 mois par un vote de 12 voix pour et 3 abstentions, cette résolution marque un tournant. Seuls trois pays : la Russie, la Chine (détenteurs d’un droit de veto) et le Pakistan, se sont abstenus, après d’intenses négociations, notamment sur le financement et la structure de commandement de la mission.
Un nouveau mandat et l’urgence d’agir
L’urgence d’une nouvelle approche était palpable. La précédente mission kényane, de l’avis général, a été un échec qui n’a pas réussi à stopper la progression des groupes armés, lesquels contrôlent désormais jusqu’à 90 % de la capitale, Port-au-Prince, et étendent leur emprise vers le nord. Malgré cela, le président kényan William Ruto a créé la surprise en qualifiant la mission d’appui de “réussie”, tout en reconnaissant son manque criant d’équipement, de personnel et de ressources.
Les responsables américains ont insisté sur la nécessité d’un effort plus “létal et accru”.
Contrairement à la MSS, la nouvelle FRG se voit conférer l’autorité d’opérer indépendamment de la police haïtienne lorsque nécessaire. Cette clause essentielle vise à surmonter l’obstacle majeur qui entravait l’efficacité des forces de sécurité face aux réseaux de gangs coordonnés.
La résolution adoptée confère à la FRG un plafond de 5 550 personnes, dont 5 500 militaires et policiers en uniforme et 50 civils.
Un élément clé de cette nouvelle résolution est la création d’un Bureau d’Appui des Nations Unies pour superviser les opérations et la logistique de la FRG, y compris la gestion de la base actuelle construite par les États-Unis à Port-au-Prince. L’ONU est également sollicitée pour fournir un soutien technique à l’Organisation des États américains (OEA), qui assistera la FRG et la Police Nationale Haïtienne (PNH) en fournissant du carburant, des transports, de l’eau et de l’équipement de communication.
La FRG sera dirigée par un commandant de force sous la supervision d’un groupe de pays contributeurs. De plus, un représentant spécial civil assurera la direction politique et la coordination. Ce dispositif vise à pallier le manque de soutien et de coordination évident entre des troupes et des policiers n’ayant pas l’habitude de travailler ensemble. La résolution mentionne spécifiquement les Forces Armées Haïtiennes (FAD’H), signalant leur rôle de plus en plus crucial dans le combat contre les gangs.
L’objectif principal de la FRG est de soutenir la PNH et les FAD’H pour rétablir des conditions de sécurité permettant la tenue d’élections libres et équitables, l’acheminement sécurisé de l’aide humanitaire. La mission met également un accent particulier sur la protection des enfants et des femmes, particulièrement vulnérables au recrutement et à la violence sexuelle perpétrée par les gangs.
Malgré le fait que le coût exact de la nouvelle mission et l’origine du financement de sa logistique restent les principales zones d’ombre, la force comptant toujours sur des contributions volontaires, le vote du Conseil de sécurité est perçu comme un pas décisif.
La communauté internationale et, surtout, les Haïtiens et les déplacés internes épuisés par des mois de terreur, considèrent cette nouvelle approche, plus musclée et mieux soutenue, comme leur ultime recours. Des milliers de familles ont été chassées de leurs foyers, des quartiers entiers sont soumis à la loi des gangs, et plus de 3 000 Haïtiens ont perdu la vie cette année dans cette spirale de violence.
Pour eux, cette Force de Répression des Gangs n’est pas qu’une simple résolution onusienne ; elle est le dernier espoir que l’État de droit sera restauré et que la vie pourra reprendre son cours normal, loin de la peur et de la famine. La survie du pays, tant sécuritaire qu’humanitaire, repose désormais sur le succès de cette mission.
Rédaction Monopole / DSB





















