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Les humiliations persistantes des haïtiens en République Dominicaine : Un héritage empoisonné entre des frères siamois

Des migrants haïtiens rapatriés de force par la Direction de la Migration Dominicaine

Les humiliations persistantes des haïtiens en République Dominicaine : Un héritage empoisonné entre des frères siamois

Des migrants haïtiens rapatriés de force par la Direction de la Migration Dominicaine

Les relations entre Haïti et sa voisine de l’Est, la République dominicaine, continuent de naviguer dans des eaux troubles, marquées par un passé de tensions et, aujourd’hui, par une politique migratoire dominicaine de plus en plus restrictive et teintée de xénophobie. Les échos d’une histoire complexe, parsemée de coopération et de conflits, résonnent douloureusement dans le quotidien des Haïtiens vivant en République dominicaine, trop souvent victimes de discrimination et d’humiliations.

 

L’histoire partagée de l’île d’Hispaniola porte les stigmates d’événements marquants. L’éphémère unification de l’île sous la bannière haïtienne (1822-1844), bien qu’initialement sollicitée par certains leaders dominicains comme José Nuñez de Cacerès, a laissé un goût amer chez une partie de la population dominicaine, qui y a vu une occupation.

 

Pourtant, les paroles du président haïtien Jean-Pierre Boyer à l’époque témoignent d’une intention de garantir les droits et avantages des habitants de la partie orientale, loin d’une logique de conquête. « Je ne suis pas venu en conquérant….Quant aux clefs de la ville qui me sont offertes, je ne les accepte point, parce que je ne suis pas ici en conquérant et ce n’est pas la force des armes qui m’y a amené, mais bien la volonté des habitants qui m’ont librement appelé pour leur garantir des droits et des avantages dont ils n’ont jamais joui », avait déclaré le Président Jean Pierre Boyer lors de son arrivée en République Dominicaine.

 

Plus sombre encore est le souvenir du massacre de 1937, tristement connu sous le nom de “massacre du Persil”. Sur ordre du dictateur Rafael Trujillo, des dizaines de milliers d’Haïtiens furent sauvagement assassinés à la frontière. Cet acte d’une brutalité inouïe reste une cicatrice indélébile dans la mémoire collective haïtienne. Si un arrangement fut trouvé quelques mois plus tard entre les présidents Vincent et Trujillo, évitant des sanctions à la République dominicaine, la plaie, elle, ne s’est jamais refermée.

 

Dans un contexte de pauvreté et d’instabilité politique chronique en Haïti, des vagues migratoires successives ont conduit de nombreux Haïtiens à chercher refuge et opportunités en République dominicaine, souvent dans des secteurs d’activité pénibles et sous-payés. Ironiquement, l’histoire migratoire bilatérale révèle également des flux de Dominicaines vers Haïti, notamment dans le secteur des services, un aspect curieusement omis des récits dominants.

 

Depuis son accession au pouvoir, le président dominicain Luis Abinader a durci considérablement la politique migratoire à l’égard des Haïtiens. Cette nouvelle fermeté se manifeste par des expulsions massives, touchant indistinctement des individus en situation irrégulière, mais aussi des personnes possédant des documents valides et même des enfants nés sur le sol dominicain. Ces expulsions s’effectuent souvent dans des conditions déplorables, bafouant les normes humanitaires les plus élémentaires.

 

Sur le terrain, les contrôles d’identité se multiplient, et les Haïtiens sont fréquemment victimes de profilage racial, arrêtés arbitrairement sur la base de leur apparence. Un discours anti-haïtien, alimenté par certains responsables politiques et relayé par une partie des médias dominicains, propage des stéréotypes négatifs, présentant les Haïtiens comme une menace à la sécurité ou à la santé publique.

 

Le symbole le plus tangible de cette politique de fermeture est sans aucun doute la construction d’un mur frontalier. Cette infrastructure, érigée sous le mandat d’Abinader, incarne une volonté de séparation et de rejet, loin de favoriser le dialogue et la coopération nécessaires entre deux nations voisines.

 

Les conséquences de cette politique xénophobe sont désastreuses sur le plan humanitaire. Des familles sont déchirées, des enfants nés en République dominicaine sont expulsés vers un pays qu’ils ne connaissent pas, perdant leurs repères et leurs droits. Les droits humains fondamentaux des migrants haïtiens sont quotidiennement bafoués à travers des expulsions illégales et des arrestations arbitraires.

 

La frontière entre les deux pays est le théâtre d’une crise humanitaire grandissante, avec des milliers de personnes refoulées vivant dans des conditions de précarité extrême, manquant d’accès aux besoins les plus élémentaires.

 

Face à cette situation alarmante, la communauté internationale, les organisations de défense des droits humains et les voix éthiques s’élèvent pour exiger un changement de cap. L’appel est clair : la République dominicaine doit impérativement respecter les droits humains de tous les migrants, garantissant la non-discrimination et la protection contre les expulsions arbitraires.

 

Un dialogue constructif et une coopération sincère entre Haïti et la République dominicaine sont indispensables pour trouver des solutions durables à la question migratoire, en tenant compte des réalités économiques et sociales des deux pays. Il est également crucial de déconstruire les discours de haine et les stéréotypes négatifs qui alimentent la xénophobie dans cette Terre voisine.

 

Enfin, une reconnaissance honnête et complète de l’histoire migratoire bilatérale, intégrant les diverses formes de mobilité humaine entre les deux nations, est une étape essentielle pour bâtir un avenir de respect mutuel et de compréhension. La situation des Haïtiens en République dominicaine exige une mobilisation urgente de la communauté internationale pour faire pression sur le gouvernement dominicain et l’inciter à une politique migratoire plus humaine et respectueuse des droits de tous.

 

La rédaction

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