La présence du président de la Banque Interaméricaine de Développement (BID), Ilan Goldfajn, au Cap-Haïtien du 7 au 9 mai 2025, accompagnée d’une délégation de haut niveau, soulève une question cruciale : s’agit-il d’une initiative de développement régional isolée ou d’un signe avant-coureur d’un changement de cap majeur pour Haïti?
Alors que Port-au-Prince, siège du pouvoir et des institutions internationales, est en proie à une instabilité chronique, le choix du Cap-Haïtien comme point central de cette visite interroge. Les discussions axées sur un soutien accru aux secteurs clés du développement dans le Nord et le Nord-Est peuvent être interprétées comme un simple effort de diversification géographique de l’aide, mais elles révèlent une anticipation d’une nouvelle réalité politique haïtienne.
Dans quel contexte politique cette visite intervient-elle ?
Les appels à des élections à court terme formulés par certaines figures internationales semblent se heurter violemment à la situation sur le terrain. Comment imaginer un scrutin crédible et inclusif alors que des zones entières, notamment dans l’Ouest, une partie de l’Artibonite et une partie du Centre, sont sous le contrôle de groupes armés ? L’exclusion de circonscriptions aussi cruciales que celles de Port-au-Prince, Carrefour, Kenscoff, Cabaret, Cité Soleil, Gressier, Pernier, Croix-des-Bouquets et désormais Mirebalais, peut compromettre irrémédiablement la légitimité d’un tel processus.
Les rumeurs de relocalisation de la capitale
Le déplacement du président de la BID loin de Port-au-Prince alimente inévitablement les spéculations. L’insistance des milieux diplomatiques sur une possible relocalisation de la capitale dans le Nord, corroborée par l’appel de l’ambassadeur Hankins à des “solutions originales”, doit être prise au sérieux. Une telle décision, aux conséquences profondes, pourrait être envisagée en réponse à l’impasse sécuritaire et politique actuelle.
Il est impératif de rappeler que l’Ouest représente une part majoritaire de l’électorat national (56%). La troisième circonscription de Port-au-Prince, avant les récents exodes, concentrait à elle seule 42% des voix. Un processus électoral ne peut être légitime sans la participation pleine et entière de cette région.
Plusieurs lectures sont possibles dans le cas de la relocalisation de la Capitale vers le Nord. Primo, ce serait un soutien ciblé au développement régional, car la BID pourrait légitimement chercher à dynamiser le Nord, un bassin économique historique, afin de créer un îlot de stabilité et de croissance susceptible de rayonner sur le reste du pays.
Secundo, un signal politique subtil. En privilégiant le Nord, la BID pourrait, consciemment ou non, envoyer un message quant à un possible réalignement des forces politiques en Haïti.
Et Tertio, une adaptation pragmatique à l’insécurité. Face à la paralysie de Port-au-Prince, la BID pourrait chercher à établir des bases opérationnelles et des partenariats dans des régions offrant un environnement plus sûr et plus propice à la mise en œuvre de projets.
En définitive, la visite du président Ilan Goldfajn au Cap-Haïtien met en lumière l’urgence de solutions novatrices pour surmonter la crise haïtienne. La capacité du pays à organiser des élections inclusives et légitimes, garantissant la participation de toutes ses régions, demeure une question ouverte.
La communauté internationale et les citoyens haïtiens observent avec une attention particulière les développements à venir, conscients que cette visite pourrait bien être plus qu’un simple déplacement protocolaire.
La rédaction





















