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Haïti : Rubio suggère une intervention de l’OEA, oubliant le précédent controversé de 1965 en République Dominicaine

Le Secrétaire d'Etat américain Marco Rubio lors de son arrivée à la Jamaïque

Haïti : Rubio suggère une intervention de l’OEA, oubliant le précédent controversé de 1965 en République Dominicaine

Le Secrétaire d'Etat américain Marco Rubio lors de son arrivée à la Jamaïque

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a soulevé mardi l’idée d’un rôle accru pour l’Organisation des États américains (OEA) en Haïti, y compris la mobilisation d’une “force” pour faire face à l’emprise grandissante des gangs criminels. Si cette suggestion vise à trouver une nouvelle approche face à une crise sécuritaire jugée ingérable par la mission actuelle soutenue par les États-Unis et dirigée par le Kenya, elle semble passer sous silence une partie cruciale et controversée de l’histoire de l’OEA en matière d’intervention militaire : l’épisode de 1965 en République Dominicaine.

 

Devant la commission des Affaires étrangères du Sénat, Rubio a interpellé l’OEA en déclarant : “S’il y avait une crise régionale pour laquelle on pourrait penser qu’une organisation comme celle-ci pourrait prendre des mesures et fournir une force ou un groupe de pays qui, travaillant ensemble, pourrait aider à la résoudre, ce serait l’OEA.” Il a ensuite fait référence à l’intervention de 1965, où l’OEA avait déployé une mission de maintien de la paix en République Dominicaine. Cependant, cette référence omet une dimension fondamentale de cet événement.

En 1965, l’intervention de l’OEA en République Dominicaine n’a pas été une initiative autonome et spontanée de l’organisation. Elle est intervenue après que les États-Unis aient déjà lancé une opération militaire de grande envergure, déployant des milliers de Marines sous le prétexte de protéger les citoyens américains et de prévenir l’établissement d’un gouvernement communiste. C’est seulement après cette intervention unilatérale et massive que les États-Unis ont cherché à “légaliser” et à justifier leur présence en faisant intervenir l’OEA et en la transformant en Force Interaméricaine de Paix, dirigée par un général brésilien mais avec un général de l’armée américaine comme adjoint.

 

La suggestion de Rubio, bien que présentée comme une solution novatrice, ne tient pas compte de cette instrumentalisation passée de l’OEA par les États-Unis. Cette méconnaissance, ou cet oubli, de l’historique réel de l’intervention de 1965 soulève des questions quant aux intentions derrière la proposition de Rubio pour Haïti. Alors que l’administration Trump cherche à réorienter ses dépenses en aide étrangère et à réduire son propre fardeau financier en Haïti, la suggestion d’une intervention de l’OEA pourrait être perçue comme une tentative de déléguer la responsabilité et les coûts à d’autres partenaires régionaux, tout en laissant la porte ouverte à une influence américaine prépondérante, à l’instar de ce qui s’est passé en République Dominicaine.

 

Rubio a reconnu l’échec de la stratégie actuelle en Haïti et la situation catastrophique du pays, aux prises avec des membres de gangs criminels. Il a exprimé sa gratitude envers la mission kenyane, mais a souligné qu’elle seule ne résoudrait pas le problème. Il a insisté sur la nécessité pour l’OEA, à laquelle les États-Unis contribuent, de “faire un pas en avant” et de “fournir une mission avec les pays membres pour traiter la question d’Haïti.” Il est important de noter qu’une certaine incertitude persiste quant au nombre exact de membres de gangs en Haïti, certains rapports suggérant un chiffre ne dépassant pas les 2 000 à 2 500 individus, très loin de l’estimation beaucoup plus élevée évoquée par Rubio qui se situe à 20 000 ou 25 000 terroristes.

Cependant, contrairement aux Nations Unies, l’OEA n’a pas la capacité inhérente de déployer une mission de maintien de la paix. L’épisode de 1965 a été une exception, et depuis, les pays membres n’ont montré aucun intérêt à répéter une telle initiative, ni à apporter un soutien financier substantiel à Haïti. Le fonds fiduciaire de l’ONU pour la mission kenyane n’a reçu aucune contribution de pays d’Amérique latine et des Caraïbes.

Le silence du CPT face à la proposition de Rubio
La réticence des voisins d’Haïti à déployer des troupes a déjà poussé l’administration Biden à soutenir le rôle de leadership du Kenya. La proposition de Rubio, bien que présentée comme une solution régionale, doit être analysée à la lumière du précédent de 1965, où l’OEA a essentiellement servi de couverture multilatérale à une intervention américaine déjà en cours. De plus, le silence des neuf membres du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), qui ne se sont pas prononcés sur la déclaration de Rubio, soulève des interrogations.

 

Faut-il en conclure que cette nouvelle approche se fera sans leur pleine implication au gouvernail des affaires haïtiennes ? La question demeure de savoir si une intervention menée par l’OEA en Haïti serait une véritable initiative collective des pays de l’hémisphère, ou une fois de plus, une manière pour les États-Unis de faire porter le fardeau à d’autres tout en maintenant leur influence sur le dossier haïtien.

CJDwetsoubouch/Monopole

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