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[Vidéo]Haïti : Le défi colossal des élections de 2025-2026, entre l’optimisme de Ramdin et la dure réalité du terrain

Albert Ramdin, Diplomate surinamien nouveau Secrétaire Général de l'OEA

[Vidéo]Haïti : Le défi colossal des élections de 2025-2026, entre l’optimisme de Ramdin et la dure réalité du terrain

Albert Ramdin, Diplomate surinamien nouveau Secrétaire Général de l'OEA

La déclaration d’Albert Ramdin, appelant à des élections en Haïti au plus tard en décembre 2025 pour une passation de pouvoir en février 2026, si elle réaffirme une ambition louable de retour à l’ordre constitutionnel, se heurte de plein fouet à des réalités haïtiennes d’une complexité sans précédent. Pour les organisateurs de ces scrutins, le chemin est semé d’embûches qui, pour l’heure, semblent insurmontables.

 

L’ombre portée de l’insécurité généralisée

La première et la plus écrasante des difficultés est l’insécurité. Port-au-Prince, la Capitale, est en grande partie sous le contrôle de gangs armés, qui étendent leur emprise sur d’autres régions du pays. Les déplacements de populations sont massifs, des quartiers entiers sont désertés, et la vie quotidienne est rythmée par la violence, les enlèvements et les extorsions.

 

Dans ce contexte, comment envisager la sécurité des électeurs et du personnel électoral ? L’acheminement du matériel électoral dans des zones contrôlées par des groupes armés serait un défi logistique et humain colossal, voire impossible. Les bureaux de vote seraient des cibles potentielles, et la participation citoyenne risquerait d’être quasi nulle, minant ainsi la légitimité du processus. Sans un rétablissement significatif de la sécurité, toute tentative d’organiser des élections crédibles serait un échec annoncé.

 

Au-delà de la sécurité, les institutions électorales haïtiennes sont fragiles et ont souffert d’une longue histoire de crises politiques et de contestations. Pour que le processus soit transparent et accepté, il faut un Conseil Électoral Provisoire (CEP) fonctionnel, indépendant et jouissant de la confiance de tous les acteurs. Or, la mise en place d’un tel organe, sa formation, la révision des listes électorales souvent obsolètes, et la logistique complexe d’un scrutin à l’échelle nationale (enregistrement, formation, sensibilisation) demandent du temps.

 

Le temps imparti, de fin mai 2025 à décembre 2025, est d’à peine sept mois. C’est un délai incroyablement court pour un pays qui doit non seulement organiser un référendum constitutionnel – un processus en soi complexe et sujet à controverses – mais aussi des élections générales (présidentielles, législatives, locales). Chaque étape est un potentiel point de blocage, de négociation politique ardue et de risque de report.

La tenue d’un référendum pour une nouvelle constitution, souvent évoquée comme une étape nécessaire, ajoute une couche supplémentaire de complexité. Ce processus exige un large débat public, une rédaction consensuelle du texte, une campagne d’information et une sensibilisation massive de la population. Les désaccords profonds au sein de la classe politique et de la société civile haïtienne sur la nécessité et le contenu d’une nouvelle constitution rendent cette étape particulièrement délicate. Sans un consensus minimal sur le cadre légal du futur scrutin, le processus électoral perdrait toute légitimité.

Un paysage politique fragmenté et miné par la méfiance envers le CPT

Les organisateurs seraient confrontés à un paysage politique extrêmement fragmenté, marqué par une profonde méfiance envers le Conseil Présidentiel de Transition (CPT). Bien que le CPT soit issu d’un accord politique complexe et fragile, la population haïtienne le perçoit avec un scepticisme croissant.

 

Cette méfiance n’est pas infondée. Le CPT représente divers secteurs, tant politiques que privés, et beaucoup craignent que ses membres ne se servent de leur position pour faciliter la victoire de leurs partisans lors des élections. Il existe une crainte tangible que le CPT, au lieu de garantir des élections libres et équitables, n’instrumentalise le processus pour asseoir le pouvoir de certaines factions ou de leurs alliés. Si de telles perceptions se concrétisent, même partiellement, cela minerait la crédibilité de tout le processus électoral, conduisant à des contestations massives, des violences post-électorales, et potentiellement à une crise politique sans précédent, plongeant le pays encore plus profondément dans le chaos.

 

Sans une volonté politique unie, un engagement de tous les partis à respecter les règles du jeu, et une confiance regagnée de la population dans la neutralité et l’intégrité des organisateurs, les efforts pour organiser des élections crédibles seront voués à l’échec.

 

Si la vision d’Albert Ramdin d’un retour rapide à la démocratie par les urnes est un objectif à atteindre, les réalités du terrain en Haïti imposent une prudence et un réalisme accrus. Pour que les élections de 2025 ne soient pas une utopie de plus, la communauté internationale et les acteurs haïtiens doivent s’atteler d’abord à rétablir une sécurité minimale, à renforcer les institutions, et à rétablir la confiance de la population dans les institutions et les processus politiques. Sans ces fondations essentielles, le compte à rebours vers décembre 2025 risque de mener, non pas à une passation de pouvoir démocratique, mais à une nouvelle impasse et/ou …une nouvelle transition

Dwetsoubouch/Monopole

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