La scène politique haïtienne est à nouveau sous les projecteurs alors que la Communauté des Caraïbes (CARICOM) entame une série de discussions cruciales. Ces pourparlers interviennent dans un climat de contestation grandissante du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) et d’une mise en garde retentissante du Bureau de Suivi de l’Accord de Montana (BSA) contre une possible “mise sous tutelle” du pays.
Négociations cruciales avec la CARICOM pour l’avenir du CPT
Les émissaires de la CARICOM ont repris leurs consultations ce mardi, avec une réunion réunissant une cinquantaine de participants dès 17h. Parmi eux, les représentants des neuf (9) secteurs ayant contribué à la formation du CPT, dont des figures politiques comme Magalie C. Denis et Ted Saint Dic de l’accord de Montana, Pasha Vorbe de Fanmi Lavalas, Moïse Jean Charles de Pitit Dessalines, Liné Balthazar du PHTK, Claude Joseph de l’EDE, André Michel du groupe du 21 Décembre, Jean André Victor du Collectif 30 Janvier, et Gédéon Jean de la société civile.
L’ordre du jour est clair : faire le point sur la situation générale du pays et, surtout, aborder la “problématique du CPT”. L’avenir du Conseil Présidentiel, en place depuis plus d’un an, est en jeu. Me Michel, par exemple, a, publiquement dans une entrevue ce mardi matin remis en question l’existence même du CPT, arguant que la majorité des parties prenantes ont déjà constaté son échec.
Une question centrale demeure : comment les mêmes acteurs qui ont choisi ce CPT jugé “dysfonctionnel” pourront-ils désigner des dirigeants performants ? La légitimité de ces “Représentants” est fortement remise en cause, d’autant que certains ne peuvent même plus circuler librement dans le pays sans risquer d’être confrontés à l’hostilité de la population. On se demande où sont passés les vrais leaders de cette nation?
Le BSA dénonce une “trahison” et une “mise sous tutelle”
En parallèle à ces négociations, le Bureau de Suivi de l’Accord de Montana (BSA) a publié une déclaration cinglante, brossant un tableau “apocalyptique” d’Haïti. Le BSA dénonce une “mise sous tutelle” orchestrée par des puissances régionales et internationales, avec les États-Unis en première ligne, et qualifie le CPT de “traître”
Cette accusation est d’autant plus marquante que le BSA a lui-même participé à la formation du CPT, désignant même l’un de ses membres. Cette déclaration marque donc une rupture nette, le BSA estimant que le CPT a “abdiqué toutes les missions régaliennes de l’État en soumission à la communauté internationale”, mettant ainsi en péril la souveraineté haïtienne.
L’indignation du BSA se cristallise autour de la décision de l’Organisation des États Américains (OEA) du 27 juin 2025, confiant à son Secrétaire général la mission d’élaborer un “Plan d’action global pour Haïti”. Pour le BSA, il ne s’agit pas d’une aide désintéressée, mais d’une officialisation d’une nouvelle forme de tutelle. Le document évoque avec force le précédent de 2010, lorsque l’OEA avait été chargée de l’évaluation des élections présidentielles, et est accusée d’avoir “renversé les résultats des urnes”, en retenant Michel Martelly au détriment de Jude Célestin pour le second tour, ouvrant ainsi la voie à une “décennie de décomposition institutionnelle”. La nouvelle sollicitation de cette ingérence par le CPT est considérée comme un “sacrilège”.
La République Dominicaine sous le feu des critiques
Le BSA n’épargne pas non plus la République Dominicaine, qualifiant de “pur cynisme” la “propagande médiatique” autour d’un prétendu succès diplomatique dominicain au Conseil de Sécurité de l’ONU. Le rapport fustige la politique “discriminatoire et indigne” de la République Dominicaine envers Haïti, soulignant la fermeture de ses frontières et consulats tout en continuant d’exporter des produits. Le texte dénonce également des violations flagrantes des normes internationales sur la déportation, avec des accusations de “chasse, traque, coups, humiliations, vols, souvent viols et meurtres” de citoyens haïtiens par les agents d’immigration dominicains, le tout dans l'”indifférence et le silence des autorités haïtiennes et de celles de la région.”
Appel à une nouvelle mission de la CARICOM et à l’unité nationale
Bien que le BSA reconnaisse la CARICOM comme une “courroie institutionnelle” pour le dialogue, il critique ouvertement sa mission passée, l’accusant de s’être “transformée en arbitres” et d’avoir “modifié la nature et le contenu des négociations”.
Le BSA lance un appel pour une nouvelle mission de la CARICOM : celle d’une écoute attentive et humble, reconnaissant que seuls les Haïtiens peuvent tracer leur propre chemin vers une sortie de crise durable. Il demande à la CARICOM de s’engager à “porter fidèlement notre voix dans les instances régionales et internationales”, agissant comme un fidèle porte-parole de la souveraineté haïtienne.
Sur le plan national, le BSA accuse le CPT et le gouvernement de “trahison” et d’abdication de toutes les missions régaliennes de l’État” au profit d’entreprises de sécurité privées étrangères et du “pillage des caisses de l’État”. La situation sécuritaire est jugée alarmante, avec l’emprise croissante des gangs et l’afflux d’armes illégales, contribuant à un “massacre” de la population.
Le document se conclut par un appel vibrant à l’unité nationale, exhortant tous les Haïtiens à “reconnaître l’échec total du CPT et du gouvernement” et à “refuser que les complicités de clan, les intérêts politiques et financiers, ou la complaisance servent à dissimuler l’évidence”. Le BSA appelle à une rupture avec les “schémas récurrents de gouvernance antidémocratique et corrompue” et à la construction d’une alternative avec des “citoyennes et citoyens intègres”.
Ce manifeste du BSA est un cri d’alarme pour la souveraineté haïtienne, un réquisitoire virulent contre l’ingérence étrangère et une auto-critique des élites haïtiennes, tout en lançant un appel urgent à un rassemblement national pour l’avenir du pays. Reste à voir si ce cri d’alarme sera entendu par la communauté internationale et les acteurs haïtiens alors que les négociations avec la CARICOM se poursuivent.
DSB/Monopole





















