L’aéroport international Toussaint Louverture de Port-au-Prince est officiellement fermé aux vols internationaux, une décision qui a profondément impacté la connectivité d’Haïti avec le reste du monde. Pourtant, dans l’ombre de cette fermeture, une réalité surprenante et alarmante se dessine : des vols charters bihebdomadaires, à des prix défiant toute logique, continuent de relier Port-au-Prince au Cap-Haïtien et même au Brésil. Cette situation soulève des questions cruciales sur la transparence, l’équité des prix et la véritable nature des coûts du transport aérien en Haïti.
Le scandale des prix : 800 à 1 200 dollars pour 150 km
Le cas le plus flagrant est sans doute le trajet Port-au-Prince-Cap-Haïtien. Pour une distance d’à peine 150 kilomètres, un billet d’avion en vol charter coûte entre 800 et 1 200 dollars américains un aller simple, il faut le préciser. Ce montant est tout simplement exorbitant et pose la question : quelle est la différence entre une demande de rançon et le prix d’un billet pour un si court parcours ? Un simple calcul révèle l’absurdité : le coût par kilomètre dépasse de loin celui des vols internationaux les plus longs et les plus luxueux.
La situation devient encore plus grotesque lorsque l’on considère les vols en hélicoptère. Pour le même trajet, le prix s’envole entre 1 800 et 2 500 dollars par personne. Ces chiffres sont ahurissants et mettent en lumière une défaillance majeure dans la régulation et la supervision des coûts de transport aérien en Haïti.
Comparaison des coûts : le vrai prix du voyage aérien
Pour mieux appréhender cette anomalie haïtienne, il est essentiel de comparer ces tarifs avec les prix pratiqués ailleurs dans le monde pour des distances similaires ou des services comparables. Les vols intérieurs aux États-Unis ou en Europe pour 150 kilomètres coûterait généralement entre 50 et 200 dollars, en fonction de la compagnie, de la classe et de la période de réservation. Même sur des lignes à faible concurrence, les prix restent rarement au-delà de quelques centaines de dollars.
Pour les vols charters dans d’autres régions, bien que plus chers que les vols réguliers, sont généralement justifiés par une flexibilité accrue ou des destinations spécifiques. Cependant, leurs prix restent proportionnels aux coûts d’exploitation et à la demande. Les marges de profit sont certes plus élevées, mais rarement au point de multiplier les prix par dix ou vingt.
Le Coût d’opération d’un avion léger ou d’un hélicoptère incluant le carburant, la maintenance, les salaires de l’équipage, les assurances et les frais d’aéroport n’est pas très élevé. Pour un vol de 150 km, la consommation de carburant est minime. Les coûts fixes sont amortis sur un plus grand nombre de vols ou par des tarifs plus raisonnables pour des distances plus longues. Les prix pratiqués en Haïti suggèrent des marges de profit astronomiques, bien au-delà de ce qui est justifiable par les seuls coûts d’opération.
Cette dichotomie entre la fermeture officielle de l’aéroport et la prolifération de vols charters à des prix exorbitants soulève de sérieuses interrogations : Qui autorise ces vols et à quelles conditions ? La fermeture de l’aéroport est-elle une façade pour permettre à certains acteurs de monopoliser le transport aérien et d’imposer des prix dictatoriaux ?
Existe-t-il une régulation ou une supervision des prix dans le secteur aérien haïtien ? Si oui, pourquoi ces tarifs ne sont-ils pas contestés ou encadrés ? Les autorités sont-elles conscientes de l’impact de ces prix sur la population et l’économie du pays ? La cherté du transport aérien entrave la circulation des personnes, le commerce et l’aide humanitaire. Y a-t-il une collusion entre les opérateurs de vols charters et certains pouvoirs en place ? Le caractère opaque de ces opérations et les profits générés alimentent légitimement les soupçons.
L’urgence d’une transparence et d’une régulation
La situation actuelle de l’aéroport international Toussaint Louverture et des vols charters en Haïti est insoutenable. Elle révèle une lacune criante en matière de gouvernance et de régulation. Il est impératif que les autorités haïtiennes fassent preuve de transparence et mettent en place des mécanismes de régulation pour encadrer les prix du transport aérien.
La population haïtienne, déjà confrontée à d’innombrables défis, ne devrait pas être soumise à ce qui ressemble à une véritable rançon aérienne. Le droit de circuler librement et à un coût raisonnable est un principe fondamental qui doit être respecté, même dans les périodes de crise. Si les gangs rançonnent les chauffeurs et les passagers sur les routes haïtiennes, au niveau aérien les rançons sont encore plus exorbitantes et dépassent la mesure d’un commerce régulier et normal.
La rédaction





















